La fatigue de fin d’hiver n’a rien de mystérieux

Avatar de Sidonie Vaugrenard

·

4 min de lecture

Chaque année, vers la fin de l’hiver, la même sensation revient : un réveil plus difficile, une énergie qui manque en journée, une envie de sommeil qui persiste malgré des nuits complètes. Ce n’est ni une maladie ni un signe inquiétant dans la grande majorité des cas : c’est un phénomène connu, lié à un manque prolongé de lumière naturelle.

Un déséquilibre de lumière, pas de volonté

La lumière du jour régule l’horloge interne du corps, notamment la production de mélatonine, l’hormone qui prépare au sommeil. En hiver, les journées courtes et souvent grises réduisent fortement cette exposition à la lumière naturelle, ce qui peut décaler et perturber ce rythme interne. Ce phénomène, documenté sous le nom de trouble affectif saisonnier dans ses formes les plus marquées, touche à des degrés divers une grande partie de la population, bien au-delà des cas qui nécessitent un accompagnement médical.

Ce qui aggrave la sensation

Un rythme de sommeil décalé le week-end, des journées passées presque entièrement en intérieur, ou un manque d’activité physique accentuent cette fatigue saisonnière en ajoutant un déficit à un déficit déjà présent. Le corps, privé à la fois de lumière et de mouvement, entre dans une forme de ralentissement général qui se traduit par cette sensation de lourdeur qu’on associe, souvent à tort, à un manque de sommeil pur et simple.

La lumière du matin, premier levier

S’exposer à la lumière naturelle dès le matin, même par temps couvert, aide à recaler l’horloge interne plus efficacement qu’une exposition tardive dans la journée. Une marche courte en extérieur avant de commencer sa journée, plutôt qu’un trajet direct en intérieur, produit un effet mesurable sur la vigilance dans les heures qui suivent, sans qu’aucun équipement particulier ne soit nécessaire.

Le sommeil, un équilibre à ne pas surcompenser

Face à cette fatigue, le réflexe le plus fréquent consiste à dormir davantage, en se couchant plus tôt ou en multipliant les siestes en journée. Ce réflexe, en apparence logique, peut pourtant aggraver le décalage de l’horloge interne s’il conduit à des horaires de sommeil très irréguliers d’un jour à l’autre. Un rythme de coucher et de lever stable, même légèrement plus long qu’en été, aide davantage à traverser cette période qu’une accumulation de sommeil désorganisée, qui finit par entretenir la sensation de fatigue plutôt que de la résorber.

Le mouvement, second levier

L’activité physique régulière, même modérée, contrebalance en partie l’effet du manque de lumière sur l’énergie générale. Ce n’est pas un hasard si la fatigue de fin d’hiver touche davantage les périodes où l’on bouge le moins, en particulier quand le froid dissuade les trajets à pied au profit de la voiture pour la moindre course. Reprendre progressivement des trajets courts à pied, sans viser une performance sportive, reste l’un des ajustements les plus simples à mettre en place pour retrouver un peu d’énergie.

Cette fatigue saisonnière s’atténue naturellement avec l’allongement des jours au printemps, mais il n’est pas nécessaire d’attendre passivement ce changement : la lumière du matin et le mouvement quotidien restent deux leviers accessibles bien avant que les jours ne rallongent d’eux-mêmes.

Quand s’en inquiéter davantage

La différence entre une fatigue saisonnière ordinaire et un état qui mérite un avis médical tient surtout à l’intensité et à la durée : une lassitude qui persiste bien après le retour des beaux jours, ou qui s’accompagne d’un désintérêt marqué pour des activités habituellement appréciées, dépasse le cadre du simple coup de mou hivernal. Dans la grande majorité des cas néanmoins, cette fatigue reste passagère et répond bien aux ajustements les plus simples, sans qu’il soit nécessaire de dramatiser un phénomène qui touche, à des degrés très variables, une large part de la population chaque année à la même période.

L’alimentation joue elle aussi un rôle secondaire mais réel : les repas trop lourds en plein hiver, souvent plus riches et plus caloriques qu’en saison chaude, demandent davantage d’énergie digestive et accentuent la sensation de somnolence en début d’après-midi. Alléger légèrement le repas de midi, sans bouleverser ses habitudes, peut suffire à retrouver un peu plus de vigilance dans les heures qui suivent, en complément de la lumière et du mouvement déjà évoqués.


Avatar de Sidonie Vaugrenard

À lire aussi