Une jeune Congolaise retrouve sa mère au Canada après 14 ans de séparation

Article de Radio-Canada  d’après les informations de Zoé Clin et Erin Brohman, CBC

Naomie Bisimwa
La jeune Naomie Bisimwa, 16 ans, est maintenant heureuse après avoir retrouvé sa mère à Winnipeg. L’adolescente avait été séparée de cette dernière à l’âge de 2 ans. Photo : Radio-Canada

Naomie Bisimwa avait seulement 2 ans en 2004, quand sa maison en République démocratique du Congo (RDC) a été détruite lors d’une attaque. Des troubles politiques déchiraient une nouvelle fois ce pays d’Afrique de 87 millions d’habitants. Sa mère, Maria Musenga, a fui les décombres en pleine nuit avec ses trois plus grands enfants, laissant la petite Naomie derrière, car elle ne la trouvait pas. Le père, lui, est mort dans l’attaque.

La famille s’est ensuite réfugiée en Ouganda avant d’arriver à Winnipeg en 2013, parrainée par l’organisme Hospitality House Refugee Ministry.

Maria Musenga ne sait alors toujours pas si sa fille est vivante, mais une rencontre fortuite à Place Portage, un centre commercial de Winnipeg, va tout changer.

« Maria est tombée sur quelqu’un de son village natal, raconte Karin Gordon, la directrice de l’établissement des réfugiés de Hospitality House Refugee Ministry. Cela ne me surprend pas, le monde est petit, en particulier chez les réfugiés. Cette personne lui a dit que sa fille n’était pas morte et avait été recueillie par un voisin. »

Bonne à tout faire

Emmenée à Kinshasa, la capitale de la RDC, Naomie a été ballottée d’une famille à une autre pendant des années et a travaillé comme bonne à tout faire. « Ils [les membres des familles] étaient un peu plus méchants, ils me prenaient comme une bonne pour travailler pour eux à la maison », raconte-t-elle. Parmi les tâches qui lui incombent : faire le ménage, faire la vaisselle ou encore préparer les feuilles de manioc.

« Malheureusement, les personnes qui l’ont recueillie n’étaient pas gentilles et ont été dures avec elle. Elle a été abondamment battue », détaille Karin Gordon.À l’âge de 12 ans, sa santé se dégrade et, combinée aux mauvais traitements, Naomie devient partiellement paralysée de la main et de la jambe gauche. Dès lors, elle ne peut plus aller à l’école, mais les travaux à la maison, eux, se poursuivent, voire s’intensifient.

Un téléphone pour renouer avec sa mère

Lorsque Maria apprend que sa fille est en vie, elle se sacrifie encore davantage en puisant dans son maigre salaire pour envoyer 200 dollars américains par mois aux gens qui hébergeaient Naomie. Celle-ci n’a pourtant pas reçu les soins, habits et nourriture que cette rente devait subventionner.

Je ne pensais qu’à revoir ma mère.

Naomie Bisimwa

Alors que Naomie est encore en Afrique, une « grand-mère » lui achète un téléphone cellulaire pour qu’elle puisse parler avec sa mère. « Je ne pouvais pas tout lui dire, à ma mère, reprend l’adolescente. Si tu parles, les gens autour entendent et te demandent qui tu appelles et il n’y a pas moyen de [se cacher]. Ils veulent tout le temps savoir avec qui tu parles. »

Rêve du Canada

Lorsqu’elle a appris qu’elle allait enfin aller au Canada, Naomie s’est sentie « très contente ».

C’était mon rêve le plus cher.

Naomie Bisimwa

Finalement, le 8 mars, mère et fille ont fini par être réunies à l’aéroport de Toronto. « J’étais émotive, j’avais envie de courir et sauter pour embrasser ma mère, mais je ne pouvais pas à cause de la paralysie. »

Maria Musenga
Après 14 années de séparation, Maria Musenga est heureuse d’avoir retrouvé sa fille. Photo : Radio-Canada

« J’étais heureuse de la voir, mais j’avais aussi un peu le coeur brisé parce qu’elle est arrivée en fauteuil roulant », nuance sa mère, Maria.

Son arrivée au Canada, Naomie l’a rêvée souvent. « J’imaginais le Canada comme on le voyait à la télévision. Les enfants sont bien avec leurs parents, ils jouent, ils mangent tout ce qu’ils veulent, ils vont au parc, au cinéma, partout… Je veux aussi faire ça avec ma mère. »« Elle est heureuse maintenant, elle sourit, et moi aussi je suis heureuse », ajoute Maria. Seule ombre au tableau, « elle ne peut pas aller dehors », dit-elle, en faisant référence à sa paralysie.

Devenir médecin

Naomie se projette déjà dans l’avenir. « J’ai envie d’étudier et qu’on puisse me guérir de la paralysie », souhaite l’adolescente.Elle veut aussi faire des activités comme les autres enfants de son âge, comme « jouer avec [ses] amis, aller au parc, monter sur des montagnes russes et aller au cinéma », sourit-elle.« Mais le plus important pour moi, c’est d’être avec ma mère. Comme tout enfant a envie d’avoir sa mère à ses côtés », conclut la jeune fille.