Touraine Canada

Ecrit par Association Nationale France-Canada on. Posté dans Activités des Comités

L’ermitage Saint-Joseph de Tours[1]

  Les 17 et 18 septembre prochains, à Tours, lors des Journées européennes du Patrimoine seront fêtés[2] les vingt-cinq ans de la restauration à l’identique du petit ermitage Saint-Joseph[3] où Marie Guyard de l’Incarnation a reçu la nouvelle de son « obédience » (affectation officielle) en Canada. Cet ermitage est situé sur le site de l’ancien monastère des ursulines qui inclut aussi la Chapelle Saint-Michel, la “Petite Bourdaisière” et le Conservatoire de musique. La Chapelle et l’ermitage constituent l’un des principaux lieux de mémoire franco-canadiens en France[4]. Pourquoi cet ermitage à saint Joseph ? Des liens particuliers unissent saint Joseph et la Nouvelle-France. C’est un récollet, Joseph Le Caron, qui, en 1624, choisit saint Joseph comme « patron du pays et protecteur de cette église naissante ». Tout l’avenir de la Nouvelle-France lui est confié. En 1633, les jésuites remplacent les récollets, mais Joseph demeure le dernier  recours. En 1637, sa fête prend des allures de fête nationale en Canada. En 1660, le père Vimont, écrit : «La pensée de s’établir en la Nouvelle-France s’accompagne de la résolution de s’en remettre à saint Joseph.» C’est exactement ce qu’ont fait plusieurs pionniers de la Nouvelle-France dont Marie de l’Incarnation. Alors qu’elle était encore à Tours en décembre 1633, elle rêve de Québec où elle est accueillie par un homme, le « gardien du lieu » qu’elle identifiera comme saint Joseph. À la même époque, une autre jeune veuve, Madeleine de La Peltrie, d’Alençon, malade au point d’expirer, se sent inspirée de faire le vœu à saint Joseph de donner sa fortune et d’aller en Canada si elle est guérie. Ce qui se réalise. Madeleine vient alors à Tours chercher  Marie, qui se trouvait en prière à notre ermitage Saint-Joseph, au moment où lui arrive la nouvelle en février 1639. Marie de Savonnières, une ursuline de 22 ans qui désire en secret accompagner Marie de l’Incarnation, fait le vœu de prendre pour nom Marie de Saint-Joseph si elle est choisie. C’est le cas. Le navire sur lequel embarquent les religieuses et Madeleine de La Peltrie se nomme le Saint-Joseph, de même que le nouveau «séminaire» des ursulines à Québec. À une époque où les religieuses cloîtrées ne quittaient jamais leur monastère, Marie de l’Incarnation a été avisée de la pertinence de son projet vers la Nouvelle-France par l’intermédiaire d’un jésuite qui lui envoie la Relation de 1634 – réclamant des maîtresses d’école pour les Amérindiennes – avec une image de la carmélite Anne de Saint-Barthélémy qui avait quitté son carmel espagnol pour fonder celui de Tours, puis était partie en Flandre. Or le Carmel entretient une grande dévotion envers saint Joseph depuis sainte Thérèse d’Avila qui aurait sorti le père de Jésus des oubliettes du Moyen-Age[5]. Ainsi, de Tours est venue Marie Guyard-de l’Incarnation et ses émules qui ont formé des générations d’institutrices et de mamans canadiennes qui ont invoqué saint Joseph dans leurs prières. C’est pourquoi le regretté monseigneur Beaumier, de Trois-Rivières, disait que le petit ermitage Saint-Joseph du XVIIe siècle à Tours était l’ancêtre du grand Oratoire Saint-Joseph du XXe siècle à Montréal[6]. De mon côté, j’aime à penser que, de mères en filles, de maîtresses en élèves, de Marie de l’incarnation jusqu’à Clothilde Foisy et à son fils, le petit Alfred, futur saint André de Montréal, saint Joseph a toujours vécu dans le cœur de ses amis. Par ailleurs, si la tradition des ermitages dédiés à saint Joseph dans les monastères de France était florissante au XVIIe siècle, il semble bien que l’ermitage de Tours soit le seul qui demeure en bon état, car – grâce à monseigneur Beaumier et à ses amis de Tours – il a été reconstruit à l’identique en 1985.

Françoise Deroy-Pineau

Mai 2011  


[1] Cet article s’inspire d’un autre paru en mai 2011 dans la revue l’Oratoire de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal.
[2] Voir le programme des animations le moment venu sur  le site < http://www.ligeris.com/  >.
[3] Construit vers 1628, après la fondation du monastère des Ursulines de Tours en 1622 et leur installation à la « Petite Bourdaisière » en 1625.
[4] Ces lieux de mémoire sont gérés par l’Association Touraine-Canada et pour la « Petite Bourdaisière » par les Ursulines de l’Union Romaine. Voir l’Encyclopédie virtuelle de l’Amérique française  < http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-407/Lieux_de_m%C3%A9moire_de_Marie_de_l%E2%80%99Incarnation_%C3%A0_Tours.html#4 > D’autres lieux de mémoire franco-canadiens et franco-québécois en France concernent Jacques Cartier à Saint-Malo, Samuel de Champlain à Brouage, Jeanne Mance à Langres, les cimetières de Vimy et de Dieppe, … Tous les pionniers de la Nouvelle-France sont concernés. Voir les douze livres de la collection Ces villes et villages de France, berceau de l’Amérique française publiés par la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, 2008-2011. Le souvenir de Marie Guyard de l’Incarnation se trouve dans le numéro 6 « région Centre » à paraître en 2011.
[5]  Cf Jean Delumeau,  1990, Histoire des pères et de la paternité.
[6] Beaumier, Joseph-Louis, 1979, Le souvenir de Marie de l’Incarnation à Tours 1939-1979. L’Ermitage Saint-Joseph, Trois-Rivières, éditions du Bien Public.