Récit du PVT d’Alain Assailly

Ecrit par Association Nationale France-Canada on. Posté dans Partage expériences

Arrivée à Toronto le 5 septembre 2006

Toronto et son agglomération : 4,5 millions d’habitants, 140 langues parlées.

 

  

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Concernant la recherche de logement :

 

Du 5 au 19 septembre 2006 : réservation d’une chambre en Bed & Breakfast en plein centre de Toronto.

 

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Une solution très (trop) onéreuse sur laquelle j’avais dû me rabattre en dernier recours avant le départ… Mieux vaut s’y prendre davantage à l’avance pour réserver une chambre en colocation ou chez l’habitant, et ce depuis la France comme certains Pvtistes l’ont fait (1 à 3 mois à l’avance…).

 

Mais j’avais tellement envie, si vous saviez, de partir et d’arriver au Canada dès le début de mon visa !!!

20 sept 2006 : emménagement dans une chambre au sein d’une maison en colocation.

Je partage le logement avec Nicole, une jeune Torontoise, Elizabeth, une étudiante mexicaine et Faïzal, un jeune homme du Bangladesh. Quatre cultures partagées en paix et l’Anglais pour communiquer entre nous.

 

 J’ai finalement trouvé ce logement assez rapidement sans qu’il y ait besoin d’avoir, au préalable, un job et des fiches de paie à présenter à la personne propriétaire. La colocation est très répandue à Toronto.

 

Loyer mensuel que j’avais à payer : 440 dollars canadiens (environ 315-320 euros).

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Toronto… J’y revois Vincent Lu et Julie Feinberg, rencontrés en France, en mai 2006 lors du Congrès France-Canada de Nice… J’y fais aussi la connaissance de Gaï de Ropraz, rencontré à l’occasion de quelques-unes des soirées de France-Canada auxquelles il m’a gentiment convié. A tous les trois : cela m’a vraiment fait plaisir de vous revoir, de vous rencontrer et de vous connaître davantage !!! J’espère que vous allez bien.

 

Concernant ma recherche d’emploi, voici comment j’ai procédé :

 
 

rencontre des « employment agencies« , c’est-à-dire cabinets de recrutement et agences de placement (travail temporaire et/ou permanent) :

 

ces organismes (et leurs clients) sont très exigeants sur la maîtrise de l’Anglais quand il s’agit de pourvoir des postes en lien avec la clientèle, les fournisseurs, les médias et les relations internes au sein-même de l’entreprise (secrétariat, assistanat).

 

En gros, j’ai compris que, pour passer par eux pour ce genre de postes, il fallait être parfaitement bilingue et pas seulement se débrouiller en Anglais. En-dessous du niveau bilingue, très difficile de trouver (proche de l’impossible). Parfois, même l’Anglais courant (« fluent ») n’est pas suffisant si l’on veut concurrencer les candidat(e)s bilingues, lesquel(le)s sont relativement nombreux(ses).

 

En-dehors des postes précités, il est possible de trouver un job auprès des « employment agencies » lorsque l’on n’est pas bilingue Français / Anglais. Mais il s’agira alors de postes qui, sans les dénigrer, ne requièrent que très peu de qualifications, comme par exemple : déménageurs, manutentionnaires, mise en rayon, etc.

 

approche directe auprès de certaines chaînes de magasins et de supermarchés :

 

quand des postes sont à pourvoir (y compris ceux concernant la simple mise en rayon), beaucoup demandent aux candidats de remplir un formulaire de candidature (« application form« ) et d’y joindre un cv (« resume« ), le tout étant ensuite traité par le service des Ressources Humaines de la compagnie ou de la chaîne.

 

Visite du salon national pour l’emploi à Toronto (« The National Job Fair« ) à la fin septembre 2006.

 

Entrée payante (« admission fee« ) : $3.50 (environ 2.50 €).

 

C’est un salon qui a lieu 2 fois par an à Toronto : avril et septembre. Prochaine édition : avril 2008 (plus d’infos sur : http://www.thenationaljobfair.com).

 

Ici : plusieurs stands, plusieurs recruteurs, plusieurs offres couvrant plusieurs provinces. Mon impression (c’est subjectif, c’est un témoignage) : beaucoup d’entreprises sont là pour – c’est normal et légitime – promouvoir leur site Internet et, principalement, faire remplir des « application forms« , accumuler les cv et tenter de trouver les perles rares lors du salon. Beaucoup d’exposants m’ont renvoyé sur leur site Internet pour consulter les offres. Mais, pour leur défense, mon niveau d’Anglais étant alors très bas, j’imagine que ce fut aussi pour cette raison qu’ils ont agi comme cela. Cependant, j’en ai également vu qui procédaient ainsi avec beaucoup de monde.

 

Dans mon cas, l’avantage de ce salon fut celui-ci : un stand d’aide à la rédaction de cv en Anglais et aux normes canadiennes (avec des conseillers spécialisés en rédaction de cv). Attention : pour accéder à ce stand : compter au moins 1 heure de file d’attente… 

 

 

 

le Centre Francophone et le Consulat Général de France (tous deux situés à Toronto) :

 

ils peuvent aider les Français et Françaises, et notamment les Pvtistes, pour leurs recherches d’emploi.

 

Le Service Emploi du Consulat organise des réunions au cours desquelles il donne les noms et coordonnées des recruteurs. 

 

En ce qui me concerne, j’ai trouvé mon job (cf ci-dessous) en passant justement par le Consulat Général de France.

 

 

 

Emploi trouvé :

 

Yes ! Le 12 octobre 2006, je commence un job de « Sales and Promotion Assistant » (Assistant Ventes et Promotion) dans un magasin d’épicerie fine qui vient d’ouvrir en plein centre de Toronto.

 

 

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 Je côtoie des employé(e)s anglophones, francophones, bilingues, trilingues ; idem du côté de la clientèle. Mes employeurs sont, eux aussi, bilingues Français/Anglais (ils parlent aussi l’Italien couramment).

 

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Fin janvier 2007 : retournement de situation : mes employeurs nous font part de leur décision de fermer définitivement le magasin. « Mais ! But… You… Comment ça ? I thought you… No ? Bon… »

 

Fin de mon job le 02 février 2007.

 

Février 2007 : j’étudie l’opportunité qui s’offre à moi (par un concours de circonstances) de créer une affaire commerciale sur Montréal.

 

Me sera-t-il possible de créer mon propre emploi ? Je décide de tenter l’aventure et prépare mon départ de Toronto.

 

1er mars 2007 : installation à Montréal en colocation.

 

Montréal et son agglomération : 3,5 millions d’habitants.

De mars à mai 2007 :

 

– aidé par le producteur avec lequel je traite, je prépare la création de ce commerce qui consiste à vendre des confiseries, des glaces et produits gourmets de fabrication québécoise.

 

Je signe un bail de location pour le local du futur magasin, je procède à l’enregistrement de l’entreprise auprès du Registraire des Entreprises de Montréal et auprès de l’administration fiscale de Revenu Québec (pour les taxes provinciales et fédérales), j’ouvre un compte bancaire d’entreprise.

 

– mes économies sont en train de fondre comme neige au soleil… Etant financièrement à la limite de la survie, je recherche en parallèle un job d’appoint à temps partiel auprès des agences de placement et en consultant les offres d’emploi sur Internet. 

 

– avril 2007 : j’effectue une courte mission d’intérim pour Manpower en tant que manutentionnaire (montage de présentoirs de cartes de fêtes dans un hypermarché). Fin mai : le magasin est ouvert et les produits prêts à être vendus.

 
 

Me voilà donc à la tête d’une micro-entreprise et d’une petite boutique…

 

Bon sang, qui l’aurait cru lors de mes tous premiers pas sur le sol canadien, neuf mois auparavant ? Neuf mois… Neuf mois pour tenter de renaître et repartir dans la vie. Me viennent alors naïvement à l’esprit des rêves nord-américains, des visions folles de success story et de meilleurs lendemains.

 

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Et me revoilà enfant… courant droit devant, l’âme héroïque, avec son épée de bois pour libérer la Princesse. Je m’imagine, conquérant et triomphant, à la tête d’un empire imprenable ! Je vous jure, je m’y voyais. C’était là, devant moi, sous mes pieds et à portée de main… Délicieux mirage. Je me sens un peu idiot maintenant. Oui, le Canada m’a possédé, totalement enivré. Oui, je l’ai senti couler dans mes veines. Comment pourrais-je oublier ?

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De fin mai à fin juillet 2007 : gestion du magasin et vente au détail.

 

Entre juin 2007 et mi-août 2007 : quelques déplacements à Montréal et Toronto pour « vendre en gros » aux professionnels de l’alimentation.

De fin mai à fin août 2007 : job de télémarketeur le soir en centre d’appel. Je fais ce job d’appoint car je suis encore financièrement à la limite de la survie. C’est sur Internet que j’ai trouvé l’offre relative à ce poste. Et c’est par l’intermédiaire d’un ami, Salomon (Pvtiste lui aussi), que j’ai eu connaissance de la diffusion de cette offre sur le site Internet concerné (http://www.kijiji.montreal.ca).

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Merci à lui !

Entre temps, fin juin 2007, j’envoie à Citoyenneté et Immigration Canada une demande de « modification des conditions de séjour » afin d’obtenir, à travers un autre permis de travail temporaire, le droit de rester travailler au Canada au-delà de mon PVT et ainsi pouvoir développer mon affaire.

 

Les délais initiaux de traitement de la demande (réponse comprise) se sont allongés au cours de l’été et sont passés de 45 jours à 80 jours. Les délais allaient donc au-delà de la date de fin de mon PVT (fixée au 04 septembre 2007). De plus, je n’avais aucune garantie quant à une réponse positive.

 

Aussi, en l’absence de réponse possible avant le 4 septembre 2007, j’ai préféré, fin juillet, fermer le magasin et, fin août, clore l’affaire et quitter mon job en centre d’appel. 

 

J’aurais pu rester au Canada après le 4 septembre avec un simple visa de touriste, mais ce visa ne donne pas l’autorisation de travailler (même à son compte). En ce qui me concerne, rester dans ces conditions aurait été financièrement impossible. 

 

 

 

Retour en France et projet d’immigration…

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 Je suis parti du Canada le 4 septembre 2007 depuis Toronto.

Dans l’avion, l’enfant en moi s’est tu, comme s’il ne rêvait plus ; et il a laissé, timidement, l’adulte se reparler à lui-même : Alain, il ne tient qu’à toi de rendre les choses possibles !

 

J’arrive à l’aéroport de Paris Roissy-Charles de Gaulle le 5 septembre 2007 au matin. Le ciel est bleu. La douce fraîcheur de l’air, le soleil et ses rayons dorés, le bonheur de revoir ma famille, leur joie de me revoir… Je m’approche d’eux et les serre dans mes bras, tout contre moi. Etrangement, rien n’y fait, j’ai encore l’esprit là-bas, juste un peu trop loin. Pas facile d’atterrir. Douze mois sont passés, oui, déjà… Je ferme les yeux et resserre mon étreinte. Famille chérie…

 

 

 

Il m’a fallu plusieurs jours pour me remettre de cette année folle passée au Canada, de cette déferlante de rencontres inattendues, de projets au quotidien et de paris sur l’avenir.

 

Il m’a fallu plusieurs nuits pour me réveiller vraiment. 

 

En septembre, je me suis ré-inscrit aux Assedic et à l’Anpe pour obtenir le reliquat de mes droits (j’avais demandé la suspension de mes droits le temps de mon PVT).

 

Début octobre, j’ai déposé à Paris une demande d’immigration pour le Canada. 

 

Pour conclure…  vitraux

 

Il est possible de faire beaucoup de choses au Canada.

 

Certes, mon parcours sur le territoire canadien ne se limite qu’à deux provinces, qu’à deux métropoles, et n’a duré qu’un an. Je n’ose imaginer ce qu’il aurait donc été possible de faire, de vivre, de créer en davantage de temps. Le temps… Il est passé bien trop vite. Le Canada fut pour moi, et dans le cadre du PVT, une aventure unique, inoubliable, positivement marquante. Je rêve maintenant d’y reposer les pieds et d’y poursuivre ma vie. Je rêve d’inspirer à nouveau, à pleins poumons, cet air d’optimisme qui règne là-bas et de respirer cette atmosphère de tous les possibles qui m’a oxygéné pendant 12 mois.

 

 

 


 

Avant mon retour en France, et un peu par nostalgie, je suis retourné dans un vieux quartier de Toronto nommé « La Distillerie ». Et, là, je me suis retrouvé face à un mur. Un mur de briques rouges sur lequel étaient inscrites des citations de personnalités célèbres. Parmi ces citations, je n’en ai retenu qu’une seule, celle de Winston Churchill :

 

« A pessimist sees the difficulty in every opportunity; an optimist sees the opportunity in every difficulty ».

 

En traduisant chaque mot, je me suis répété la phrase entière. « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité ; un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté ».

 
 

Ces mots m’ont comme rassuré sur les choix un peu fous que j’avais pu faire au cours de ces derniers mois. Ce fut, à la fois, un soulagement par rapport au passé et un encouragement face à l’avenir. En fait, sur ce mur de briques, j’ai vu briller l’espoir. Celui de partir pour revenir.

 

Et si je devais avoir des regrets par rapport à mon PVT, il n’y en aurait qu’un. Oui, seulement un : celui de ne pas avoir eu 5 ou 10 ans de moins. 

 

Maintenant, il me faut continuer mes progrès en Anglais et le renforcement des acquis si je veux pleinement réussir mon intégration au Canada. J’ai donc décidé, en attendant la réponse relative à ma demande d’immigration, d’aller chercher très prochainement du travail en Angleterre ou en Irlande. Ce sont en effet, depuis la France, des destinations plus faciles d’accès, bien que l’idéal aurait été de pouvoir poursuivre mon expérience au Canada.  

 

Les domaines dans lesquels je vais désormais investir mes recherches et mes efforts sont, d’une part, le journalisme et, d’autre part, le commerce. Ecrire et raconter… ou bien vendre et gérer. Pourquoi pas les deux ! Enfin, je verrai bien en fonction des possibilités. 

 

J’espère que mon témoignage n’aura pas été trop long et qu’il vous permettra de mieux cerner l’ensemble des choses qu’il est possible de faire au Canada dans le cadre du PVT. Certes, il y a pas mal d’aspects subjectifs dans mon récit. Mais je ne fais, ici, que relater mon expérience personnelle sur le terrain. Il ne s’agit donc que d’un témoignage parmi tant d’autres.

 

Pour celles et ceux que cela intéresse, vous pouvez aussi avoir plein d’informations utiles sur le PVT et de nombreux autres témoignages sur le site spécialement dédié : www.pvtistes.net

 

Enfin, un grand merci à vous qui avez poursuivi votre lecture jusque là !

 

Bien à vous.

 

Très cordialement. 

 

Alain Assailly