Livres sélectionnés pour le Prix France-Canada 2019

Livres sélectionnés pour le Prix France-Canada 2019

Voici quelques idées de lecture avec les premiers livres sélectionnés pour le Prix France-Canada :


« Le corps des bêtes » d’Audrée Wilhelmy – Éditions Grasset

Dans un paysage de roches, de glace et d’eau, au sommet d’un phare longeant une plage désertique, Mie attend que son oncle vienne l’initier aux mystères du corps. Mais Osip l’ignore ; il préfère passer ses journées à scruter les bateaux qui arrivent du large et à observer la mère de Mie, cette étrangère que son frère a ramenée de la forêt et qui le fascine. Sauvage, énigmatique, elle vit à l’écart de la famille. Son chant seul perce parfois le roulis des vagues. C’est elle qu’Osip désire. Alors, en attendant que son oncle accepte de la rejoindre, Mie imagine : elle emprunte par la pensée le corps des bêtes qui l’entourent, là un ours, ici une grue, pour comprendre de quelle lignée elle est issue. Seule dans sa chambre, elle tâche de percer l’énigme de sa chair. Osip daignera-t-il venir la retrouver ?

Après un premier roman très remarqué, Les Sangs (Grasset, Prix Sade 2015), Audrée Wilhelmy nous plonge dans un univers fantasmagorique, à la lisière de la légende et du mythe. D’une langue puissante, envoûtante, elle explore la part animale que chacun porte en soi.


« La Bête à sa mère » de David Goudreault – Éditions Philippe Rey

Un premier roman québécois à l’humour noir irrésistible
 » Ma mère se suicidait souvent.  » Ainsi commence la confession pleine de verve d’un jeune adulte narrateur, qui ne se remet pas de la séparation d’avec sa mère alors qu’il avait 7 ans, et qui a vécu d’hôpital psychiatrique en famille d’accueil. Ses propos, sorte de code de survie en milieu hostile, d’un humour d’autant plus réussi qu’il semble involontaire, sont habités d’une rage contre ceux qui les ont séparés, contre ces humains qui ne le comprennent pas, tandis qu’il idéalise sa mère, devenue sa véritable obsession. Au bout du compte il pense l’avoir localisée à Sherbrooke. Mais saura-t-il se faire accepter par elle ?
D’où vient que le récit de cet homme sans pitié, accro aux jeux et à la pornographie, assassin d’animaux, manipulateur, violent, homophobe et raciste, arrive à toucher le lecteur ? David Goudreault, d’une écriture inventive, drôle et rythmée, réussit le tour de force de partager l’empathie poétique et toute en finesse qu’il a pour son héros. On rit des observations et pensées bancales du marginal, de ses références littéraires approximatives (il cite à tour de bras Platon, Shakespeare ou Coluche). On est touché aussi par la critique grinçante et juste que ce texte recèle contre un monde dur, hypocrite, qui abandonne à lui-même un enfant avec lequel il n’a jamais su communiquer.
Sous la carapace du jeune voyou, ce magnifique premier roman met à nu avec talent et sensibilité un cœur aimant qui ne sait simplement pas aimer.


« Dîner avec Edward » d’Isabel Vincent – Éditions Les Presses De La Cité

La porte s’ouvrit brusquement, laissant apparaître un grand monsieur âgé, ses yeux souriant tandis qu’il me prenait la main et m’embrassait sur les deux joues. « Ma chérie ! Je vous attendais. »

Afin d’apaiser une amie installée loin de New York et de son père nonagénaire, Isabel accepte d’aller dîner avec Edward, dévasté par la récente disparition de son épouse. Journaliste, la quarantaine, Isabel traverse aussi une crise : à peine débarquée dans la Grosse Pomme, elle assiste impuissante au naufrage de son mariage. Mais ce qu’elle ignore, c’est qu’Edward possède d’époustouflants talents de cuisinier, alliés à un sens de l’humour sans faille et à une solide philosophie de l’existence. Pour son hôte, le vieil homme repasse derrière les fourneaux. Et l’invitation ponctuelle devient un rendez-vous régulier, l’occasion pour les deux âmes en peine de reprendre goût à la vie, et foi dans les bienfaits d’un verre de martini !


«  Les héritiers du fleuve – 1887-1914 – tome 1 » de Louise Tremblay d’Essiambre – Éditions Charleston

D’une rive à l’autre du Saint-Laurent, des familles attachantes aux destins entrecroisés voguent entre amitiés et rivalités, drames déchirants et bonheurs intenses.

Nous voici au XIXe siècle, sur les rives du Saint-Laurent, là où le fleuve se mêle à la mer. Deux rives : celle du nord, aride, majestueuse, faite de falaises et de plages ; celle du sud, tout en vallons, en prés verdoyants et en terres fertiles. Des couples et leur famille : Alexandrine et Clovis, Albert et Victoire, Emma et Matthieu, ainsi que James O’Connor, Irlandais immigré, seul membre de sa famille ayant survécu à la traversée.

Ces personnages plus grands que nature, plus vrais que la rudesse de l’hiver, plus émouvants que les larmes et les sourires qui se succèdent au rythme des marées, peuplent le premier tome des Héritiers du fleuve, une saga incomparable comme seule Louise Tremblay d’Essiambre sait en créer.

« UNE RECHERCHE HISTORIQUE RIGOUREUSE ET LE TALENT INIMITABLE DE L’AUTEURE CHOUCHOUTE DES QUÉBÉCOISES ! »

Louise Tremblay d’Essiambre est née au Québec en 1953. Elle découvre les possibilités de l’écriture lors de ses études, à travers des cours orientés vers le roman, la nouvelle, le théâtre et le conte. Le mariage et la venue de neuf enfants mettent un terme à son parcours mais pas à sa passion. Son premier roman, Le Tournesol, est publié en 1984.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, vendus à près de trois millions d’exemplaires, Louise Tremblay d’Essiambre est l’une des romancières québécoises les plus lues dans le monde. Elle consacre désormais la majeure partie de son temps à l’écriture et à la peinture.


«  Le Guide du Mauvais Père – tome 4 » de Guy Delisle – Éditions Delcourt

Quand il découvre un nouveau jeu vidéo, le mauvais père insiste pour que son fils cesse ses devoirs… pour jouer avec lui. Quand sa fille se fait punir, le père pas vraiment top, signe le mot dans le carnet en lui demandant de ne rien dire à sa mère. Le père à la mode Guy Delisle oublie aussi sa fille, encore petite, dans un magasin… Une enfant, qui, parce qu’elle a lu ses albums précédents, est au courant pour la petite souris, et rappelle à son papa, le jour ou elle a perdu une dent : « Surtout ce soir tu n’oublies pas, la petit souris va passer ». C’est tendre, drôle, et ça sent le vécu !

Quand il a commencé sa série, Guy Delisle ne s’attendait pas… à ce que des enfants la lisent. Une bibliothécaire lui a rapporté que les petits espéraient y trouver un secret qui se transmettait entre papas.

Guy Delisle continue à pratiquer l’autodérision en dessin. Ses seuls critères : que cela le fasse rire, et que cela parte d’une anecdote réelle. Le dessin est simple, léger, immédiatement compréhensible. Ce tome-ci sera probablement le dernier. Guy Delisle ne pense pas continuer : les enfants deviennent grands, et ce sera moins touchant de les dessiner : « Je vais plutôt attendre d’être grand père, pour dessiner le guide du mauvais grand-père. » A suivre.