Les téléphones peuvent être nocifs pour la santé (mais pas pour les raisons que l’on croit)

Ecrit par Association Nationale France-Canada on. Posté dans Actualité

Article de

Au bloc opératoire, prêt à passer sous le scalpel, feriez-vous confiance à un anesthésiste pianotant inlassablement sur son téléphone intelligent ?

Photo : Anna Zielinska/Getty Images

Plus que jamais, la technologie est la béquille de la médecine en matière de soin des patients. Mais elle est aussi une source de distraction qui peut engendrer de graves erreurs. Plusieurs incidents en ont attesté au cours des dernières années, notamment aux États-Unis.

Le site d’information médicale Medscape fait notamment état du cas de Mary Roseann Milne, une sexagénaire admise à l’hôpital Medical City de Dallas, en 2011, afin d’y subir une ablation du nœud auriculo-ventriculaire.

Lors de l’opération, la saturation sanguine en oxygène chute dangereusement pendant 15 à 20 minutes sans que l’anesthésiste chargé de surveiller la patiente s’en inquiète, conduisant au décès de celle-ci. Poursuivi en justice par la famille, le chirurgien a affirmé que l’anesthésiste était occupé à envoyer e-mails et textos ou à jouer depuis son téléphone ou sa tablette. Ce dernier a d’ailleurs reconnu se connecter pour lire des articles ou des livres pendant ses temps morts. Une occupation qui n’était, d’ailleurs selon lui, pas un problème puisqu’il “regardait le moniteur au moins toutes les 30 secondes et surveillait le patient au moins toutes les 30 minutes” peut-on lire dans sa déposition.

Cet incident déplorable n’est pas isolé. Medscape cite d’autres exemples, tels que celui d’un patient resté partiellement paralysé à l’issue d’une opération durant laquelle le neurochirurgien avait fait plus de 10 appels téléphoniques à caractère personnel, ou encore celui de ce chirurgien ayant perdu son téléphone dans l’abdomen d’une patiente au cours d’une césarienne.

Ce dernier cas illustre un point essentiel du risque de l’utilisation d’appareils connectés dans les blocs opératoires : les germes qu’ils transportent. Car les téléphones sont de véritables nids à microbes. En 2006, des microbiologistes de l’Université de Manchester ont même expliqué qu’on trouvait sur un cellulaire plus de bactéries que sur un siège de toilette !

Une étude réalisée auprès de chirurgiens orthopédiques a par ailleurs montré qu’à l’entrée du bloc opératoire, 83 % des téléphones analysés présentaient des germes pathogènes. Pourtant, il est possible d’utiliser un téléphone dans un bloc opératoire sans contrevenir aux règles de stérilité : des pochettes ont été spécialement conçues pour garantir l’accès tactile.

De manière générale, 66 % des chirurgiens utilisent leur téléphone à l’hôpital, et notamment en bloc opératoire. Autre étude statistique pour le moins inquiétante : 56 % des infirmiers chargés de gérer les appareils de circulation extracorporelle pendant une chirurgie cardiaque ont avoué se servir de leur téléphone durant l’opération – pour envoyer des textos, lire des courriels, naviguer sur le Web ou encore interagir sur les réseaux sociaux.

Au Québec, il n’existe aucun règlement pour encadrer l’utilisation des téléphones et des tablettes dans les hôpitaux. Cependant, le ministère de la Santé a demandé aux différents établissements de la province de se doter d’une politique en la matière.

C’est ce qu’a notamment fait le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), en 2012, quand il a levé l’interdiction qui pesait auparavant sur l’utilisation des appareils de communication sans fil dans son enceinte – sous prétexte qu’ils pouvaient produire des interférences avec l’équipement médical. Cette politique, qui s’applique au bloc opératoire, s’articule autour de plusieurs principes, dont le strict usage professionnel et le respect de la confidentialité.