Les élèves de 6e année en moins bonne santé qu’ils ne le croient

Article de Louis-Philippe Trozzo pour La Presse

(Photo Alain Roberge, archives La Presse)
L’enquête TOPO 2017 dresse un portrait exhaustif du bien-être et des habitudes de vie des jeunes Montréalais âgés entre 11 et 12 ans. Photo Alain Roberge, archives La Presse

95% des jeunes montréalais de 6e année se croient en bonne santé, selon une étude menée par la Direction régionale de la santé publique (DRSP) alors que, dans les faits, certaines de leurs habitudes de vie préoccupent les spécialistes de la santé.

Mieux connaître nos jeunes

Publiée à l’occasion du Grand Rendez-vous montréalais «Comment vont nos jeunes?», l’enquête TOPO 2017 dresse un portrait exhaustif du bien-être et des habitudes de vie des jeunes montréalais âgés entre 11 et 12 ans.

«On souhaitait examiner la période de transition entre l’enfance et l’adolescence, le passage du primaire au secondaire», explique la directrice régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Dre Mylène Drouin, en entrevue avec La Presse. «L’étude vise à identifier les facteurs sur lesquels on peut et on doit intervenir collectivement pour faire en sorte que cette transition s’opère correctement», a-t-elle précisé.

Santé et activité physique

Dre Drouin souligne que l’étude a notamment mis en lumière l’existence un décalage important entre la perception d’être en santé et le réel état de santé des jeunes. Si la quasi-totalité (95%) des élèves sondés avait une bonne perception de leur santé, l’étude révèle que pas moins de 65% d’entre eux ne sont pas assez actifs physiquement et que 62% ne consomment pas les six portions de fruits et légumes recommandées par jour.

Selon Dre Drouin, «la perception d’être en santé viendrait du fait qu’ils ne se sentent pas malades. C’est un facteur préoccupant puisqu’ils n’associent pas leur santé à leurs habitudes de vie».

Autres constats inquiétants: 25% des jeunes n’ont pas leurs neuf heures de sommeil au quotidien et 40% passent plus de deux heures par jour devant un écran. Près du quart (22%) vont y passer jusqu’à quatre heures par jour.

L’enquête met aussi en évidence les écarts qui subsistent entre les filles et les garçons. Plus de 70% des filles ne feraient pas les 60 minutes d’activité physique recommandées au quotidien par l’Organisation mondiale de la santé, comparativement à 59% des garçons.

Une sécurité sociale élevée 

«L’enquête montre aussi des résultats encourageants, insiste Dre Drouin. Près de 70% des élèves de 6e année se disent satisfaits de leur vie au quotidien, ce qui est en soi très positif.» L’étude révèle effectivement que 86% des jeunes estiment bénéficier d’un soutien relativement élevé à la maison, 62%, dans leurs cercles d’amis et 54%, à l’école.

«Ce sont des facteurs de protection et de sécurité que l’on doit continuer de valoriser puisqu’ils favorisent l’adoption de saines habitudes de vie», soutient la directrice régionale de santé publique.

Un casse-tête social et territorial

Dre Drouin rappelle que l’étude du bien-être et des habitudes de vie des jeunes de 6e année est d’autant plus complexe que les enjeux varient d’un quartier à l’autre et selon les classes sociales.

«Les moins bonnes habitudes de vie sont davantage présentes du côté des jeunes issus de milieux défavorisés, explique-t-elle. Le décrochage scolaire nous inquiète tout particulièrement. Dès la 6e année, quatre fois plus de jeunes sont à risque élevé de décrocher en milieux défavorisés (8%) qu’en milieux favorisés (2%).»

Dre Drouin note aussi que les jeunes de l’est et de l’ouest de la ville sont moins actifs que leurs camarades des quartiers centraux. «C’est associé à un enjeu qu’on connaît bien: l’accessibilité et la facilité de faire du transport actif. La plupart des jeunes vont dans des écoles de quartier et devraient avoir la possibilité de se déplacer à pied ou à vélo», souligne-t-elle.

Solutions envisageables

Dre Drouin soutient que tous les partenaires rassemblés au Palais des congrès à l’occasion du Grand Rendez-vous montréalais «Comment vont nos jeunes?» ont «un petit bout de la solution», tant les professionnels de la santé que les acteurs scolaires, communautaires et municipaux.

«On va regarder quelles données sont les plus pressantes […] et voir comment on peut impliquer les jeunes et les parents pour adapter nos interventions dans l’école et dans la communauté.»

La directrice de la santé publique se réjouit que la politique des 60 minutes minimum d’activité physique par jour commence à s’implanter dans plusieurs écoles de la métropole. Elle encourage aussi les initiatives qui visent la création de corridors de transport actif sécuritaires.

Enfin, Dre Drouin compte se pencher sur l’offre alimentaire en milieu scolaire ainsi que dans l’environnement proche des écoles primaires «afin d’éviter que les enfants aillent au dépanneur ou au McDonald’s après l’école». 

Méthodologie

L’enquête TOPO 2017 est l’étude la plus exhaustive jamais réalisée auprès de jeunes de 6e année. Près de 13 400 élèves de 6e année et quelque 7800 parents ont participé à l’enquête.