Le Québec intensifie son recrutement d’infirmières françaises

Une infirmière
Plus de 400 infirmiers et infirmières françaises pourraient arriver au Québec en 2019. Photo : Radio-Canada/Julie Tremblay

De grands établissements de santé du Québec courtisent de plus en plus les infirmières françaises et espèrent convaincre quelques centaines d’entre elles de traverser l’Atlantique pour s’installer dans la province. Des ambitions de recrutements qui déplaisent au plus grand syndicat infirmier, qui voudrait plutôt qu’on améliore les conditions de travail des infirmières actuelles.

Au printemps dernier sept établissements s’étaient rendus dans l’Hexagone où ils ont recruté 107 infirmières. C’est maintenant 14 établissements qui se rendront à Paris en décembre avec comme objectif de recruter 333 infirmières, a appris Radio-Canada.

C’est donc plus de 400 infirmiers et infirmières françaises qui pourraient arriver par le biais de Recrutement santé Québec en 2019, contre une soixantaine cette année.

« Voilà une des solutions pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre », dit Julie Lamarche, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques, au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval. Pour l’établissement, c’est une première initiative de recrutement en France depuis plusieurs années.

Sans parler de crise, la direction du CISSS affirme que près de 10 % des postes d’infirmiers et infirmières sont vacants.

« On a 200 postes de libres sur environ 2300 infirmiers et infirmières », dit Mme Lamarche. Et la situation ne risque pas de s’améliorer compte tenu de la baisse du nombre d’inscriptions dans plusieurs programmes collégiaux de soins infirmiers.

S’il y a une baisse dans les inscriptions, il faut trouver des alternatives. Le recrutement à l’international en fait partie.
Julie Lamarche, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques, au CISSS de Laval

Le CISSS de Laval veut recruter 46 infirmières. D’autres établissements se lancent pour la première fois depuis des années dans la chasse aux recrues françaises. Le CIUSSS de l’Est-de-l’île-de-Montréal cherche 37 candidates. Le CISSS de l’Outaouais en veut 15 et celui de la Gaspésie, une dizaine. L’Estrie veut 30 infirmières et la Côte-Nord en cherche 40.

Une chasse aux recrues critiquée

Partout la hausse des intentions de recrutement est marquée, une situation que comprend mal la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, le syndicat de la vaste majorité des infirmières.

« La plus grande pénurie qu’on a au Québec est une pénurie de conditions de travail », explique la présidente Nancy Bédard. Selon elle, il est prématuré de recruter à l’étranger alors qu’on n’a pas de portrait clair de la situation de la main-d’œuvre dans le réseau de la santé au Québec.

Selon la FIQ, 50 % des infirmières et infirmiers n’ont pas de poste à temps plein. Le syndicat reconnait que plusieurs postes restent vacants parce que des infirmières vont chercher des postes à temps partiel qui leur permettent de travailler 4 jours par semaine.

Cela dit, plusieurs infirmiers et infirmières cherchent du travail à temps plein. « Hier, à l’Institut de santé mentale de Montréal, trois infirmières m’ont dit qu’elles veulent un poste à temps complet plutôt que d’êtres sur appel », relate Mme Bédard.

Une formation prisée

Plusieurs sources dans le milieu indiquent que les infirmières françaises sont prisées en raison de leur formation universitaire. Sans le dire ouvertement, plusieurs établissements sont moins enclins à embaucher des infirmières techniciennes formées dans les cégeps québécois.

Le Québec est d’ailleurs la seule province au Canada où le baccalauréat n’est pas exigé dans la profession infirmière. Au printemps, en entrevue à Radio-Canada, la directrice des soins infirmiers du CHUM avait clairement énoncé la préférence de l’établissement pour des infirmières diplômées des universités. « Je suis convaincue que ça prend un baccalauréat pour soigner au Québec en 2018 », disait Renée Descoteaux.

Cette simple déclaration avait suscité de nombreuses réactions d’indignation d’infirmières ou d’intervenants du secteur collégial qui avaient contacté Radio-Canada.

Le CISSS de Laval ne fait pas de lien entre cette décision de recruter en France et les formations offertes au Québec.

C’est que les liens sont faits avec la France pour la reconnaissance des acquis et des diplômes
Julie Lamarche, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques, au CISSS de Laval

L’établissement va d’ailleurs travailler non seulement à recruter, mais aussi à intégrer les futures recrues. Un partenariat est établi en ce sens avec la Ville de Laval. « On va les aider à trouver un logis. On veut être attractifs et on va les aider parce qu’on veut qu’ils restent! »

Les infirmiers et infirmières recrutés en France au mois de décembre devraient arriver au cours de la deuxième moitié de l’année 2019.