Le cheval canadien va-t-il disparaître ?

Ecrit par Association Nationale France-Canada on. Posté dans Actualité

Vu sur Radio-Canada, texte de Jean-Michel Leprince

Arrivés au Québec il y a 350 ans et considérés comme un fleuron du patrimoine, les chevaux canadiens sont aujourd’hui trop peu nombreux. On en compte seulement 5000 dans le monde, dont la moitié au Québec.

Cheval canadien

Le cheval canadien, on le doit au Roi-Soleil. Louis XIV aime les chevaux et pour aider la colonie menacée, il en envoie en Nouvelle-France. Il les choisit dans ses propres écuries. On croit qu’ils proviennent de Normandie et du Poitou.

Un premier groupe arrive en juillet 1665; 12 juments et 2 étalons, à bord du navire le Marie-Thérèse.

Les chevaux n’existent pas en Amérique. Les Autochtones les voient arriver avec stupéfaction, racontent les chroniqueurs jésuites :« Le seizième de juillet, arriva le navire du Havre, portant des chevaux, dont le Roy a dessein de fournir ce païs. Nos Sauvages qui n’en avoient jamais veû, les admiroient s’estonnans que les Orignaux de France (car c’est ainsi qu’ils les appellent), soient si traitables, et si souples à toutes les volontés de l’homme. »Relation des Jésuites, 1665 – père François Le Mercier. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)

D’autres voyages s’enchaîneront, et au cours des 12 années suivantes, environ 80 chevaux au total poseront leurs sabots en Nouvelle-France.

D’abord destinés aux nobles et aux communautés religieuses, les chevaux vont se multiplier. Les habitants vont en acquérir. Un siècle plus tard, ils sont nombreux : 13 000, soit un cheval pour cinq habitants.

Les policiers de Montréal montent des chevaux canadiens. Photo : Radio-Canada

Le petit cheval de fer

Dans la colonie, pendant 100 ans, ce cheval se reproduit en vase clos, sans aucun croisement avec d’autres races.

« C’est ça qui a défini la race; la géographie, le climat. Ce qui fait qu’ils ont maintenant une belle crinière fournie pour les protéger des moustiques. Crinière et queue. Développé très solide, trapu pour affronter les plaines, montagnes, boisés. Pieds très larges pour tourbières. » — Pearl Duval, historienne

Étonnamment polyvalent, on le surnomme « le petit cheval de fer ». Il est résistant, intelligent, attachant.

Pour le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), c’est le cheval idéal. Il en a une dizaine, tous grands et noirs.

« On dit qu’un cheval va faire le travail de 10 policiers par terre. Avec le terrain qu’on couvre, c’est très efficace. » — Claude Valiquette, de la police de Montréal

« Les citoyens qui sont dans la manif, ils nous disent qu’ils sont contents qu’on soit là parce qu’on peut intervenir auprès des éléments perturbateurs dans une manifestation », explique Analie Couture, du SPVM.

C’est le seul service policier au pays qui utilise le cheval canadien. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a son propre élevage de chevaux, originaires d’Allemagne.

Des chevaux canadiens. Photo : Radio-Canada

Une race menacée

Des associations veulent profiter du 350e anniversaire du cheval canadien pour tenter de sauver la race. Ce sont des passionnés. Ils ont eu d’autres races de chevaux avant, mais ils préfèrent de loin le cheval canadien.

Une bonne blague dans le milieu des chevaux dit ceci : « Comment devenir millionnaire? La réponse : être milliardaire et élever des chevaux! » Pour les éleveurs de chevaux canadiens, c’est encore plus difficile. Ce cheval n’est pas à la mode, et on préfère les races importées pour les sports équestres. Les prix sont trop bas.
« Pour l’instant, l’offre est supérieure à la demande, mais dans quelques années, ce sera l’inverse. Il ne faudra pas passer ce stade critique de manquer de chevaux canadiens. » — Marie-Josée Proulx, présidente de la Société des éleveurs de chevaux canadiens

Le cheval canadien a pourtant a été reconnu cheval patrimonial par le gouvernement du Québec en 1999, et par celui du Canada, trois ans plus tard.

La Ville de Montréal s’apprête elle aussi à donner un coup de main, à l’occasion du 350e anniversaire du cheval canadien. Elle le fera en collaboration avec la Maison Saint-Gabriel, où des activités sont prévues toute l’année 2015.
« On essaie de développer avec Québec à cheval beaucoup de circuits touristiques sur plusieurs jours avec une maison d’hôte, un hôtel, une auberge. […] Il faut qu’on en soit fiers, et il faut qu’en 2015 la moitié de la population du Québec sache ce que c’est que le cheval canadien. » — Denis Demar, président de l’Association québécoise du cheval canadien