Juste la fin du monde arrive au cinéma

Ecrit par Association Nationale France-Canada on. Posté dans Actualité

Ce mercredi 21 septembre verra Juste la fin du monde s’afficher dans nos salles de cinéma, film dramatique canado-français écrit, coproduit, réalisé et monté par Xavier Dolan.

Extrait de l’article du Monde :

« Adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, écrite en 1990, cinq ans avant que l’auteur ne succombe aux effets du sida, ce récit évoque, de manière ô combien ironique et déchirante, celui du retour du « fils prodigue » dans sa famille. Louis (Gaspard Ulliel), écrivain à succès, y revient quant à lui après douze années d’absence. Il y retrouve sa mère (Nathalie Baye), son frère (Vincent Cassel) et sa femme (Marion Cotillard), sa sœur (Léa Seydoux). Se sachant condamné par la maladie, il vient annoncer sa mort imminente, mais repartira, quelques heures plus tard, sans avoir pu le faire, le cœur plus lourd, à moins que ce ne soit l’inverse, qu’à son arrivée.

Nathalie Baye et Gaspard Ulliel dans le film canadien de Xavier Dolan, « Juste la fin du monde ».

Une suite d’apartés

Qu’on ne nous tienne pas rigueur de la révélation, tant elle est au fond négligeable : le film tient tout entier dans l’entre-deux, c’est un traité clinique de la folie familiale, une saisissante coupe in vivo de l’égarement de l’amour au profit de l’ambiguïté et du ressentiment. Le cinéaste ménage, pour ce faire, une suite d’apartés du « revenant » avec chacun des membres de la famille, et une scène collective d’anthologie, autour d’une tablée qui vire au fiel. Formellement, le film fait se rencontrer quelque chose qui tiendrait de l’hyper-cinéma (caméra en mouvement, gros plans) avec de l’hyper-théâtre (une manière de faire tenir l’intrigue dans le langage plutôt que dans l’action proprement dite).

Concrètement, les personnages, comme les acteurs qui les incarnent, se posent là. La mère, ongles bleus, tailleur brodé de satin rouge, breloques, pendentif et carré possiblement postiche, est une femme qui ratiocine, enfermée dans la boucle temporelle d’un bonheur familial passé dont on a quelques raisons de se demander s’il a jamais existé. Le frère, brute matoise et obtuse, est un pervers qui passe son temps à se prétendre victime des autres pour mieux s’exonérer de la torture qu’il inflige à son entourage. La belle-sœur est une gourde de bonne volonté, qui cherche ses mots pour ne pas nommer la souffrance qu’il y a à partager la vie de cet homme. La sœur est une jeune fille mal dans sa peau, en guerre ouverte avec son psychopathe de frère, dont le rêve ultime semble consister à conduire la voiture familiale.

Point commun de la tribu : tous ont de bonne foi le sentiment que Louis – qui a sans doute commis la faute de ne plus vouloir entrer dans ce jeu – est la cause de leurs maux et l’accablent à tour de rôle, dans une concertante et d’autant plus terrifiante déraison. »