Immobilier : la mairesse de Montréal veut pouvoir taxer les acheteurs étrangers

Un texte de Thomas Gerbet pour Radio-Canada

Le centre-ville de Montréal, vu du mont Royal.
Depuis le début de l’année, les non résidents du Canada sont responsables de 12% des achats de logements au centre-ville de Montréal. Photo : Getty Images/Marc Bruxelle

Le marché immobilier montréalais présente des signes de surchauffe et le nombre d’acheteurs étrangers grimpe rapidement au centre-ville. La mairesse Valérie Plante souhaite imposer une taxe spéciale aux acheteurs qui ne résident pas au pays. Pour obtenir ce pouvoir, son administration rencontrera sous peu le nouveau ministre des Finances du Québec, a appris Radio-Canada.

Depuis le début de l’année, 12 % des condos vendus au centre-ville de Montréal sont achetés par des étrangers. L’analyse du marché de la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), publiée ce mois-ci, indique que le phénomène est presque uniquement attribuable aux acheteurs chinois. Leur nombre a augmenté de 64 % depuis l’année dernière.

« C’est une tendance très récente. Il y a 18 mois, ce n’était pas une considération, mais depuis, on a eu un changement assez important », explique Vincent Shirley, directeur en services-conseils en développement immobilier pour le Groupe Altus.

« Aujourd’hui, on se retrouve non seulement avec une présence d’investisseurs locaux, mais aussi d’investisseurs étrangers », ajoute-t-il.

Il y a un grand engouement pour Montréal. Lors d’une récente conférence de courtiers à Toronto, il y avait beaucoup de curiosité pour Montréal, ce qui n’était pas le cas avant.

Vincent Shirley, du Groupe Altus

Le nombre d’acheteurs chinois explose

Des touristes asiatiques à Montréal
Le nombre de touristes chinois a triplé à Montréal depuis quatre ans et la création de la première liaison aérienne directe entre Montréal et Pékin. Photo : Radio-Canada

Cette année, les Chinois ont détrôné les Américains et sont maintenant les premiers acheteurs non résidents à Montréal.

Près du tiers des achats étrangers ont été réalisés par des Chinois. On les retrouve beaucoup dans le marché des condos du centre-ville, mais ils sont aussi intéressés par les maisons unifamiliales de Ville Mont-Royal et de Westmount.

Le courtier Patrice Groleau, propriétaire de McGill Immobilier et Engel & Völkers Montréal, emploie trois courtiers chinois et des collaborateurs pour pouvoir travailler de jour comme de nuit et communiquer avec la Chine.

Il a même des difficultés à recruter. « Le marché a explosé plus rapidement, les bons courtiers n’ont pas eu le temps de sortir de l’école. »

« Il y en a de plus en plus depuis l’imposition de la taxe en Ontario », constate Simon Léger, dirigeant de l’agence Bardagi équipe immobilière.

Faudrait-il une taxe identique à Montréal?

« On n’est pas rendus là, croit-il. La croissance des prix n’est pas suffisante, mais si la cadence se maintient, si ça double année après année, là c’est certain qu’il va falloir peut-être mettre certaines mesures. »

Vancouver, l’exemple à ne pas suivre

Vue sur le centre-ville de Vancouver au lever du soleil
Vue sur le centre-ville de Vancouver. Photo : La Presse canadienne/Albert Normandin

« Il faut éviter à tout prix ce qui se passe à Vancouver et Toronto, où les projets sont vendus à 90 % à des investisseurs », prévient Laurence Vincent, coprésidente du groupe Prevel, un important promoteur immobilier de Montréal.

« Il faut que les Montréalais puissent être propriétaires dans leur ville », estime-t-elle.

Dans son livre Bâtir Montréal à la table 45, qui sort mardi en librairie, Laurence Vincent met en garde contre la présence de plus en plus grande de la spéculation au centre-ville.

« Oui, l’immobilier va bien, mais la clientèle change, écrit-elle. Alors qu’on a toujours eu l’habitude de côtoyer entre 5 et 10 % d’investisseurs dans nos projets, on se retrouve aujourd’hui devant un phénomène très différent. »

Elle raconte qu’il n’est pas rare, lors du lancement d’un projet, de faire face à un investisseur qui souhaite acheter 10 unités de condos d’un coup. Face à cette nouvelle réalité, l’entreprise a décidé de limiter le nombre d’achats par personne.

À Vancouver, un ménage doit maintenant consacrer 88 % de ses revenus au coût de propriété, selon le plus récent indice de la Banque Royale du Canada (RBC). À Toronto, c’est 76 %. À Montréal, le chiffre est en croissance et pointe à 44 %. « La vigueur du marché du logement dans la région de Montréal continue d’être impressionnante. Les reventes se poursuivent à un rythme record et les prix continuent de grimper », écrit RBC.

Selon la Fédération des chambres immobilières du Québec, la croissance des prix est encore raisonnable à Montréal et ne justifie par une taxe spéciale.

Projet Montréal avait présenté une motion pour réclamer cette taxe, dès mai 2017, lorsque le parti était dans l’opposition. Le texte notait déjà que la proportion des propriétaires étrangers dans le centre-ville de Montréal était semblable à celle de la péninsule Burrard de Vancouver.

« Ne répétons pas les erreurs de Vancouver et Toronto, qui ont trop attendu avant de réagir, disait à l’époque Valérie Plante. Le marché immobilier de Montréal est encore sous contrôle, mais nous devons aller chercher les outils pour prévenir le problème, plutôt que de l’encadrer lorsqu’il sera trop tard. »

Au pouvoir depuis novembre 2017, l’administration Plante n’a pas réussi à convaincre le gouvernement de Philippe Couillard de lui permettre de taxer les acheteurs étrangers, quand celui-ci était au pouvoir.

Arrivera-t-elle à convaincre celui de François Legault ?