Gilles Foucqueron : « Ni français ni breton, malouin suis »

Ecrit par Association Nationale France-Canada on. Posté dans Actualité

Propos de Gilles Foucqueron, président de l’AMAC – Association Malouine des Amis de Jacques Cartier – recueillis par Virginie Skrzyniark pour l’Express.

Gilles Foucqueron évoque "la fierté d'être malouin et d'appartenir à cette grande épopée financière et commerciale".Gilles Foucqueron évoque "la fierté d'être malouin et d'appartenir à cette grande épopée financière et commerciale".GFGilles Foucqueron évoque « la fierté d’être malouin et d’appartenir à cette grande épopée financière et commerciale ». Issu d’une famille installée au Sillon depuis des générations, Gilles Foucqueron est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages qui retracent l’épopée de Saint-Malo. Pour L’Express, il revient sur l’idée d’une identité malouine. Plus qu’un mythe, une réalité.

Longtemps insulaire, Saint-Malo a insufflé un véritable esprit d’indépendance à ses habitants. La géographie explique-t-elle tout ?

Elle explique en tout cas beaucoup. Située à la pointe nord de l’Ille-et-Vilaine, Saint-Malo est avant tout bretonne, mais elle se trouve aussi en bordure de la Normandie et fait face à l’Angleterre, tout en étant terre de France. Cet emplacement, à la fois singulier et stratégique, a très tôt donné le sentiment aux Malouins qu’ils avaient un petit plus par rapport à leurs voisins. D’un abord maritime difficile, la ville leur a permis de devenir de formidables marins. Ils ont donc pensé qu’ils pouvaient se débrouiller seuls et sont devenus un brin rebelles.

Une méchante habitude dont les ducs de Bretagne vont les premiers faire les frais

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Au Moyen Age, ce n’est pas le duc qui gouverne la cité malouine, mais l’évêque. Pour surveiller les Malouins et leur ville, qui a la fâcheuse réputation d’attirer les brigands, les ducs de Bretagne vont édifier le château, au début du XVe siècle. A cette époque, Saint-Malo n’a qu’une idée en tête : s’opposer aux prétentions de l’Angleterre, son ennemi juré, quitte à changer sans cesse d’alliance.

Tantôt française, tantôt bretonne, elle est annexée au royaume de France en 1493. Un siècle plus tard, les Malouins, refusant d’obéir à un roi protestant (Henri de Navarre, futur Henri IV), proclament leur indépendance et s’autogouvernent pendant quatre ans (1590-1594). Une parenthèse qui donne naissance à la devise : « Ni français ni breton, malouin suis. » Ce sentiment de pouvoir exister par elle-même a aussi fait rater le coche du développement portuaire à la ville.

Aujourd’hui rattachée à Saint-Servan et Paramé, Saint-Malo semble avoir fait table rase de ses inimitiés. L’identité malouine reste-t-elle d’actualité ?

Bien sûr. Les habitants aiment tellement leur ville qu’après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale – n’oublions pas que les Alliés, pensant que les Allemands étaient retranchés dans la cité intramuros, ont détruit Saint-Malo à 80% -, ils ont voulu la faire reconstruire à l’identique. Saint-Malo, tel le Phénix, a ainsi pu renaître de ses cendres. Le rattachement des trois communes, en 1967, n’a rien changé à la fierté d’être malouin et d’appartenir à cette grande épopée financière et commerciale. Il suffit de voir le drapeau de la ville flotter sur le donjon du château au-dessus de la bannière tricolore pour s’en convaincre.