Entrevue avec Maggie MacDonnell, l’enseignante à 1 million de dollars

Ecrit par Association Nationale France-Canada on. Posté dans Actualité

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L’enseignante canadienne qui s’est vu décerner le Global Teacher Prize avec une bourse d’un million de dollars pour promouvoir les saines habitudes de vie au Nunavik parle de résilience des étudiants de Salluit qui lui ont permis de se rendre où elle est aujourd’hui. Maggie MacDonnell a accordé une entrevue à nos collègues de la CBC.
CBC News :

Maggie MacDonnell a voyagé à travers le monde en travaillant comme enseignante, remplissant des missions au Botswana, en Tanzanie et au Congo.

Or, ce sont ses sept années d’expérience à Salluit, la deuxième communauté la plus septentrionale du Québec, qui lui ont valu le prix Global Teacher Prize doté d’une bourse d’un million de dollars.

La jeune femme originaire d’Afton, en Nouvelle-Écosse, croit que les défis auxquels fait face la communauté inuite ont trouvé écho chez le comité de sélection de la Fondation Varkey, basée à Dubaï.

En tant qu’enseignante, Maggie MacDonnell a contribué à mettre sur pied un centre de conditionnement physique, une cuisine communautaire et un magasin d’articles usagés, qui profitent non seulement à ses étudiants, mais à l’ensemble de la population.

La communauté de Salluit, qui compte une population de 1450 personnes, a été ébranlée par six suicides en 2015, tous touchant des jeunes hommes âgés de 18 à 25 ans.

MacDonnell est actuellement en congé de son poste d’enseignante et travaille au sein d’un conseil scolaire à Kuujjuaq pour promouvoir une vie saine dans les communautés du Nunavik.

Elle était en compétition avec 20 000 candidats de partout dans le monde pour la prestigieuse récompense. La cérémonie de remise du prix avait lieu à Dubaï, où elle s’est rendue en compagnie de certains de ses étudiants.

Au lendemain de sa victoire, Mme MacDonnell s’est entretenue avec l’animatrice de Quebec AM, Susan Campbell, au sujet de son expérience d’enseignement à Salluit et de ses espoirs futurs.

Ce qui suit est une transcription traduite de leur conversation.

L'enseignante Maggie MacDonnell et un de ses élèves

L’enseignante Maggie MacDonnell et un de ses élèves Photo : La Presse canadienne/AP/Martin Dokoupil

Comment se sent-on lorsqu’on gagne un tel prix?

C’est un honneur absolu. Ça te laisse un peu sans mots de savoir que tu as été reconnue de cette façon. Nous, les enseignants, nous sommes seulement des travailleurs publics au Canada, et nous sommes des gens plutôt humbles et ordinaires. Mais la Fondation Varkey a fait un travail incroyable en créant cette plateforme pour vraiment célébrer les enseignants, et je me sens tellement chanceuse d’être tombée entre leurs mains.

L'enseignante Maggie MacDonnell

Maggie MacDonnell fait la promotion d’un mode de vie sain auprès de ses étudiants. Photo : Radio-Canada/CBC/Marika Wheeler

Selon toi, quel aspect de ton expérience a marqué les juges?

Je pense que c’est le contexte d’où je viens. Je pense que c’est une histoire dramatique, l’histoire des Autochtones du Canada, particulièrement dans un endroit comme Salluit. Ça te touche droit au cœur, parce que tu vois des enfants aux prises avec des problèmes très graves et qui doivent faire preuve d’une grande résilience pour les surmonter.

Maggie MacDonnell a lancé un club de course

Maggie MacDonnell a lancé un club de course avec ses étudiants de Salluit. Photo : La Presse canadienne

Quelle a été ta plus importante contribution pendant ton séjour à Salluit?

C’est une bonne question. Je ne sais pas si je peux tout ramener à une seule chose, mais définitivement pendant tout ce processus j’ai été très touchée par beaucoup de jeunes, et je savais que j’étais très proche d’eux, mais j’ignorais que j’avais un tel impact sur leur vie. Une étudiante m’a dit que si je n’avais pas été là, elle ne serait pas allée au collège. Elle est déjà acceptée dans un programme où je crois qu’elle sera la première Innuit à devenir une assistante dentaire certifiée. D’autres sont devenus des modèles ou ont continué à promouvoir un mode de vie sain au niveau régional après avoir travaillé au centre de conditionnement physique. Chaque fois, tu plantes une petite graine, et éventuellement elle va fleurir.

Maggie MacDonnelle et ses étudiants

Maggie MacDonnelle (deuxième à gauche), et ses étudiants, de gauche à droite: Samantha Leclerc, Lucasie Amamatuak et Larry Thomassie. Photo : La Presse canadienne

Pourquoi était-ce important pour toi que tes étudiants t’accompagnent à Dubaï?

Lorsque j’ai su que je pouvais les emmener à Dubaï, j’étais entièrement satisfaite. Je pense que la raison pour laquelle je me suis rendue si loin dans ce processus de nomination est parce que j’ai une si bonne relation avec mes étudiants. Mais je sentais qu’ils devaient être là pour rendre compte de cette relation. Ils vivent une expérience phénoménale. Ils rencontrent des gens de partout dans le monde, ils participent à des ateliers, en plus de visiter la ville.

Maggie MacDonnelle accepte le Global Teacher Prize

Maggie MacDonnelle accepte le Global Teacher Prize en compagnie de ses étudiants Photo : La Presse canadienne

Que feras-tu avec la bourse d’un million de dollars?

Je vais en discuter avec la Fondation Varkey. Mais mon rêve serait de fonder une ONG avec mes étudiants qui pourrait ramener la culture du kayak dans la communauté, mais au moyen d’une bonne gestion de l’environnement et d’un engagement des jeunes. C’est par là que nous allons commencer. Mais ce que j’aime du fait d’avoir des projets c’est que les choses commencent vraiment à se développer de belles façons une fois que tu as pris ton élan.