Célébrations sur le « chemin de mémoire des bûcherons »

Ecrit par Association Nationale France-Canada on. Posté dans Activités Extérieures

Un « chemin de mémoire » pour honorer les sapeurs-forestiers alliés présents dans les Landes de Gascogne au cours de la Première Guerre Mondiale

Du 22 au 25 juin et du 24 au 26 octobre 2017, des cérémonies se tiendront dans plusieurs communes girondines et landaises afin d’inaugurer un chemin de mémoire destiné à rappeler à notre souvenir et à honorer les efforts de ces soldats venus d’outre-Atlantique pour exploiter notre forêt, contribuant ainsi à rétablir la paix et la liberté en Europe.

Au cours de la Grande Guerre, le bois ouvragé sous toutes ses formes (planches, piquets, rondins, etc.) était une denrée stratégique pour les armées, que ce soient les troupes au front ou celles assurant la logistique. Il fut utilisé en particulier pour le soutènement des tranchées, la construction de baraquements, d’hôpitaux, d’entrepôts, l’aménagement de ports, la création de voies ferrées, de ponts, etc. mais aussi pour le chauffage, la confection de couchages et, malheureusement, pour la fabrication de cercueils. La France ne pouvait pas satisfaire les besoins de toutes les armées alliées présentes sur son territoire et c’est ainsi que les contingents venus d’outre-mer se dotèrent en leur sein d’unités de sapeurs spécialisées dans l’exploitation de la forêt et le sciage du bois.

Ainsi, le Canada, à la demande du gouvernement britannique, constitua le Corps Forestier Canadien. Ce sont plus de 12 000 hommes et officiers de ce corps qui servirent sur le sol français, parmi lesquels 4000 environ œuvrèrent, de 1917 à 1919, sur les communes d’Andernos-les-Bains, Arès, Audenge, Belin-Béliet, Biganos, Hourtin, Lanton, Lège-Cap Ferret, Le Porge, Lugos, Marcheprime, Mios (Gironde) et sur celles de Biscarrosse, Dax, Laluque, Léon, Lesperon et Parentis (Landes). Les Canadiens s’implantèrent également à Talence (Gironde), où se trouvait en particulier un hôpital militaire.

De leur côté, les États-Unis d’Amérique mirent en place une organisation équivalente dès leur entrée en guerre, le 6 avril 1917. Ils formèrent le 10th Engineers, englobé plus tard au sein du 20th Engineers, fort de plus de 18 000 hommes et officiers au moment de l’Armistice. On estime qu’environ 5000 hommes et officiers furent présents dans la forêt landaise à Arengosse, Aureilhan, Bias, Castets-des-Landes (où fut initialement implantée une unité britannique des Royal Engineers), Dax, Herm, Labrit, Mimizan, Mées, Pontenx-les-Forges, Sabres, Saint-Avit, Sainte-Eulalie-en-Born, Saint-Paul-les-Dax et Sore (Landes), à Captieux (Gironde) et à Houeillès (Lot-et-Garonne). Il y eut aussi de nombreuses autres implantations de troupes américaines en Gironde, notamment à Bordeaux (état-major), Bassens (installations portuaires) et à Talence (hôpital). Après la guerre, un monument commémoratif fut érigé au Verdon-sur-Mer (Gironde) en hommage aux alliés américains.

Ces troupes spécialisées dans l’exploitation du bois opérèrent avec leurs propres équipements, matériels et outillages, en totalité amenés d’Outre-Atlantique. Ces moyens modernes représentaient une avance technologique nette sur les moyens employés alors en Europe, en Aquitaine tout du moins. Ils disposaient, en effet, de nombreux chevaux ou mules pour le débardage, de treuils et chèvres pour la manipulation des grumes (tandis que les forestiers français chargeaient les billes de pin à la seule force de leurs bras !), de tracteurs, de camions robustes, de voies ferrées et locomotives pour le transport vers les lieux de sciage ou d’expédition et enfin de scieries des plus performantes.

Certes moins exposés que les soldats des unités combattantes, un certain nombre des forestiers canadiens et américains perdirent toutefois la vie sur le sol français, dans les Landes et en Gironde en particulier, à la suite d’accidents de travail ou de circulation ou encore du fait de la pandémie grippale (souvent appelée « épidémie de grippe espagnole ») qui sévit en 1918-1919. Les corps des militaires américains morts sur le sol aquitain furent rapatriés aux États-Unis alors que les Canadiens reposent toujours dans nos cimetières.

Un collectif de chercheurs, le Corps forestiers alliés en Aquitaine, composé de David Devigne (Talence, Gironde), Kévin Laussu (Dax, Landes) Jean-Michel Mormone (Andernos-les-Bains, Gironde) et Christian Tauziède (Captieux, Gironde), appuyé par Alain Gaudet (citoyen canadien oeuvrant pour la Commonwealth War Graves Commission, Bordes-de Rivière, Haute-Garonne), a souhaité raviver l’histoire de ces soldats nord-américains en passe d’être oubliée de notre mémoire collective.

En liaison étroite avec les municipalités concernées, ils organisent la mise en place d’un « chemin de mémoire des bûcherons » (ou « lumberjack trail »), opération ayant reçu le « Label Centenaire » de la Mission du centenaire de la Première guerre mondiale. Des cérémonies se tiendront en juin et octobre 2017 ainsi qu’en 2018 au cours desquelles des plaques informatives seront dévoilées à proximité des lieux de travail et de séjour des forestiers nord-américains. Des détachements militaires spécialement venus des États-Unis, du Canada et de Grande-Bretagne, accompagnés de représentants des autorités militaires et consulaires de ces trois nations, rendront les honneurs à ces soldats bûcherons.

Calendrier des cérémonies de juin 2017 (Gironde)

  • 22 juin 2017 – Matin : Talence (GB, Canada, USA) ; après-midi : Captieux (USA)
  • 23 juin 2017 – Matin : Lège-Cap-Ferret (Canada) : après-midi : Andernos-les-Bains (Canada)
  • 24 juin 2017 – Matin : Biganos (Canada) ; après-midi : Parentis-en-Born (Canada)
  • 25 juin 2017 – Matin : Le Verdon-sur-Mer (USA)

Calendrier des cérémonies d’octobre 2017 (Landes)

  • 24 octobre 2017 – Matin : Pontenx-les-Forges (USA)
  • 25 octobre 2017 – Matin et après-midi : Dax (GB, Canada, USA)
  • 26 octobre 2017 – Matin : Mées (USA) (après-midi : visite des vestiges de la scierie)

Calendrier des cérémonies de 2018 à établir.